Le travail de Carlota Sandoval Lizarralde nous rapporte les images d’une identité culturelle en continuelle construction. Artiste colombienne, vivant en France depuis une douzaine d’années, ses œuvres investissent l’image sociale par l’expérience individuelle : objets récupérés, formes réimaginées, iconicité questionnée. Les objets investis par l’artiste enregistrent et témoignent la réalité de sa culture latina et de son histoire de migration, une mixité culturelle ancrée dans une histoire coloniale.
Son travail regroupe dessins au pastel à l’huile, volumes, installations, et gestes performatifs. Par l’accumulation de couches de couleur ou d’objets populaires, la simplicité des formes traduit son expérience personnelle et incarne des figures - l’absence, la mère, la terre, le foyer - et leur poids spirituel, cherchant à convoquer cet état de transition culturelle.
Ses installations sont des espaces peuplés d’objets qui ont voyagé, chargés de récits, d’affects, et des histoires qu’ils incarnent. Dans sa pratique, elle interroge la place des imageries catholiques, populaires et syncrétiques – produits visuels de la culture latino-américaine – que la mondialisation a apporté en occident avec superficialité. L’artiste convoque également la religion dans le foyer, où l’histoire personnelle croise l’histoire politique et sociale, où la prière est invoquée dans l’intimité, vers une guérison partagée.
A la matérialité de ses objets semblent s’opposer les formes simplifiées qu’elle trace au pastel à l’huile, sur toile libre ou papier déchiré. Paysages organiques, végétaux symboliques, avant tout vocabulaire personnel pour transmettre recomposition, déchirement, mouvement et découverte. Gloria Anzaldúa utilise le mot “népantilisme", du mot aztèque “nepantla", pour un état mental de déchirement associée à l’expérience d’entre-deux du multiculturalisme. Carlota Sandoval Lizarralde puise dans l’histoire de l’art et la culture visuelle les outils de transmission de son expérience.
- Ana Bordenave, critique d’art et chercheuse